Un inventaire collaboratif illustré et géolocalisé du patrimoine de notre village
Du haut de la tour
 

Construire en pierres sèches

Les restanques

Les restanques

Elles sont là, perdues dans les broussailles de l’oubli et de l’indifférence...

 

Restanque avec escalier adossé - Ollioules

...les restanques, ces vestiges de pierre sèche, de savoir faire, d’intelligence...


C'est par nécessité, sous la pression démographique, que les paysans se mirent à aménager au cours des XVIII et XIX siècles les coteaux jusqu'alors peu exploités. Cet agencement va demander des efforts considérables pour préparer et retenir un peu de bonne terre sur des flancs pentus. Issus d'épierrements successifs des milliers de kilomètres de murets transforment en terrasses ces terrains délaissés. Céréales, légumineuses, vignes, olivettes y sont alors cultivés.


Le terme "restanque" désigne dans le midi à la fois ces murets de soutènement en pierre sèche et la bande de culture en amont. Faïsse, bancau, planche, terrasse sont des termes équivalents.


Leur géométrie varie en fonction de la pente du versant : plus la déclivité naturelle est forte, plus les terrasses sont étroites et les murs de soutènement hauts.


Cette conquête des pentes s'observe sur tout le pourtour méditerranéen.

 

 

La restanque tient par le seul agencement des pierres et non grâce à un mortier. Cela offre plusieurs avantages :

Restanque avec marches en saillie - Gd Caunet


- la pierre sèche laisse s’écouler l’eau et permet un bon drainage.
- les murets absorbent les mouvements de terrain : chaque pierre peut bouger légèrement sans entraîner une chute brusque du mur.
- les cavités des murs abritent une faune et une flore riches et spécifiques. Elles constituent, au sein des zones cultivées, un biotope diversifié. La restanque joue, comme la haie, un rôle de maintien de la biodiversité.
- la pierre emmagasine la chaleur solaire et contribue à créer un micro-climat favorable à la végétation en place.
- les réparations sont ponctuelles et généralement à la portée de deux personnes.
- Un mur de pierre sèche, correctement constitué et entretenu, est bâti pour cent ans.


Lors des forts orages, l'empilement "en escalier" des restanques, ralentit la vitesse des ruissellements, réduit la force érosive des eaux. Les sols ne sont pas emportés vers l’aval, en particulier les sols mis à nu par les travaux de culture. La pénétration des eaux dans le sol est facilitée, le muret est un drain perpendiculaire à la pente, il favorise l'enfouissement des eaux, l'irrigation des cultures et la recharge des nappes phréatiques.


Ce savoir technique est le produit de décennies d'observation et de pratique : avec la restanque il n'y a plus "à aller chercher la terre arable que l’eau avait emportée et la remonter à l’aide de la "besse", vaste panier fait d’éclisses de châtaignier ou tressé d’osier, porté sur le cou en y intercalant un coussin, le "coulassou"...
La pierre sèche est un matériau écologique : durable, renouvelable et de proximité.

 

 

Cogolin versant mer / Vallée de la Siagne

Les restanques se repèrent très facilement sur les photographies aériennes. Une restanque en bon état présente :
- un mur de soutènement bien entretenu (pierres nettes, sans végétaux) ;
- une terrasse non embroussaillée ;
- des plantations et des cultures entretenues.


Les principales causes de dégradation sont :
- le passage : les agriculteurs utilisaient des itinéraires précis, contournant les murs ou empruntant des passages aménagés à dessein (rampes frontales, latérales, escaliers adossés ou en saillie). La circulation des animaux, chèvres jadis, sangliers aujourd'hui, des piétons et la circulation motorisée ne font qu'accentuer les brèches et accélérer la dégradation des restanques.
- le gonflement d'une restanque traduit parfois l’accumulation d’eau derrière les pierres, due au colmatage des vides existant entre les blocs par de la terre fine. Le mur, poussé vers l’extérieur, présente une bosse qui va s’accentuer et conduire à la chute d’une section de l’ouvrage.
- la croissance des arbres à proximité des murs peut aussi être dommageable. Plantés trop près ils déchaussent les pierres. Leur chute entraîne l’arrachement de pans de muret. Les végétaux poussant entre les pierres présentent quant à eux peu de risque mais parcequ'ils disposent de bonnes conditions de croissance ils sont le signe d’une altération du matériau drainant.


 
Dans l’environnement socio-économique actuel, les restanques, sont souvent dépossédées de leur vocation première.
Envahies par une végétation spontanée, non entretenues, défoncées par la croissance d'une garrigue exubérante ou dénaturées par une mauvaise intégration des constructions récentes, elles sont souvent ignorées par un urbanisme de lotissements et de plans d'occupation des sols qui ont perdu de vue leur bénéfice.
Les inondations varoises prouvent que ce savoir faire se perd. Le Luc, Le Cannet, Brignoles, La Garde, Cogolin, Le Lavandou, Bormes, La Seyne… traduisent la méconnaissance du rôle des milliers de kilomètres de restanques dans la circulation de l'eau.


Au Grand Caunet, par exemple, les restanques sont souvent légèrement plus hautes que la terrasse qu'elles soutiennent. Volontairement. Pour casser le ruissellement. Nos "vieux" savaient observer et n'étaient pas dénués d'intelligence.


La consultation, là encore, des photos aériennes des chaînes côtières montre la disparition des restanques, la multiplication des voies d'accès, des murets faits d'agglos, étanches et disposés sans souci de la pente, un réseau fluvial qui chasse l'eau et non qui favorise sa pénétration dans les sols, et cela notamment sur les versants face à la mer... Comparez les photos aériennes de deux versants d'un même chainon, l'un tourné vers l'arrière pays, l'autre face à la mer et observez le chevelu des voies d'accès, des parcelles loties...La photo suffit à la compréhension.
Et le drame est que la pluviométrie est plus importante sur le versant face à la mer qui reçoit les entrées maritimes et où les nuages crèvent.
 
Toutefois, il est des lieux comme la vallée de la Siagne, où la fonction agricole perdure ( jardins, cultures commerciales, oliveraies) et où la richesse paysagère est restée intacte.

 

La Seyne après un orage

Bref, faut il alors s'étonner des conséquences des orages quand les nuages butant sur les collines de l'arrière pays déversent en un même lieu toutes leurs eaux ?!
Plusieurs associations défendent et valorisent ce patrimoine résultant de l'épierrage des terrains et de la mise en valeur des matériaux accumulés. Dans le paysage tous les stades de ce travail sont visibles : parcelles non épierrées, parcelles dégrossies, pierres rassemblées en tas, pierres rassemblées en lignes, pierres empilées en murets pour gagner de l'espace, puis en bories.
Ce travail, fruit de générations de paysans ou éleveurs, s'interrompt parfois au milieu d'une pente. Maladies, épidémies, conflits...? L'explication de cet abandon réside principalement dans l'une de ces trois causes. Elle signe la fin de l'explosion démographique.


Plusieurs associations de défense des restanques

Fédération française des professionnels de la pierre sèche

http://www.apare-cme.eu/fr/
www.lepassemuraille.org
www.surlesentierdeslauzes.fr
www.alpes-de-lumiere.org
www.cevennes-parcnational.fr
et la Communauté des communes de Grasse.

Bonne lecture et bonnes randos !

Source : Lettre d'information de Rando Var, avec leur aimable autorisation

Stage pierres sèches

Stage pierres sèches

Les 19 et 20 septembre 2020, s’est déroulé au domaine d’Orvès à La Valette-du-Var, un stage d’information et de mise en pratique des techniques de construction des murs en pierres sèches. Dirigé par Albert Porri, artisan d’art, assisté de son fils Alexandre, jeune artisan talentueux, ce stage avait pour objectif de mettre en pratique les règles de l’art de bâtir en pierres sèches.

Site web du Domaine d'Orvès

Ces murailles sont indispensables, entre autres, à la survie des restanques. Au-delà du simple aménagement de terrain et de l’esthétisme, ces murs correctement construits sont essentiels à la bonne gestion des eaux pluviales, à la biodiversité ainsi qu’aux techniques agricoles.

Après une page d’histoire et une visite commentée du domaine, nous voilà au pied de notre chantier de restauration : une impressionnante muraille de 2 mètres de hauteur et de presque 1 mètre d’épaisseur à sa base ! Notre mission ? Poursuivre la restauration du mur sur quelques mètres.

Nos formateurs, patiemment, nous expliquent, nous montrent, nous rassurent. Sécurité sur le chantier, généralités sur les pierres, comment les choisir, le choix des abaques, le tri des modules, la pose et le blocage des pierres.

L’adage de notre maître : Pierre touchée – Pierre posée  !!!

Facile !!!. Oui, sauf que c’est plus complexe …

Durant ces deux jours, nous avons pu voir se dresser devant nous une belle et solide muraille où chaque pierre a été posée en intelligence, avec précision, dans un maillage presque parfait.

Nos formateurs ont partagé sans restriction leurs savoirs et leur savoir-faire. N’hésitant pas à reprendre nos gestes imprécis afin de corriger nos erreurs ou tout simplement pour éviter une blessure.

Un coup de massette par-ci par-là et quelques pincements de doigt n’ont cependant pas pu être évités. Heureusement sans gravité.

L’ambiance a été chaleureuse et très studieuse. L’intendance assurée par Oliver nous a permis de recharger nos petits muscles, plus habitués à manipuler nos souris d’ordinateur que ces énormes pierres.

Au final, nous voilà fin prêtes pour nos projets ou plus sûrement, aptes à choisir nos futurs artisans.

Car il faudra brasser des tonnes de pierres, apprendre à lire le terrain et maîtriser ses outils avant de construire, seul son premier mur.

Cependant, pierre par pierre, à son rythme, il est tout à fait possible de restaurer des vieux murs de restanque ou de construire de petits murets dans son jardin afin de favoriser la biodiversité.

Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas un seul instant à vous lancer dans l’aventure. Pour un stage découverte, pour un projet ou qui sait, pour une reconversion professionnelle.

Je remercie Albert, Alex et Oliver, ainsi que Madame Françoise Darlington-Deval qui nous a ouvert les portes de son superbe domaine et confié la restauration de ces quelques mètres de muraille.

Fièrement dressé, ce mur de pierres surmontera les siècles à venir. Enfin, espérons-le ! Nous avons suivi tous les conseils de nos formateurs.

Une pensée pour Armand Porri qui nous a accompagnés sur le terrain. Sa gentillesse, son sourire et sa perspicacité ont contribué à la bonne ambiance du week-end.

Un clin d’œil complice à mes deux compagnes de stage, Claire et Nicole, qui par leur enthousiasme, leur énergie et leur humour ont égayé ce week-end pas comme les autres.

Je vous invite vivement à prendre connaissance des documents joints en annexe. Vous allez découvrir et aimer ces vieilles pierres qui jalonnent nos collines !!!

Cécile Di Costanzo

Exposition Pierres sèches

Exposition Pierres sèches

Exposition réalisée par la Maison du Terroir et du Patrimoine de la Communauté de Communes Sud Sainte-Baume

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